Le Québécois Pierre-François Flores veut défendre le kung-fu contre ceux qui tentent de s’en moquer. La télévision nationale chinoise est même venue l’interviewer, à Montréal, s’étonnant qu’un Occidental veuille sauver l’honneur des arts martiaux.

Un texte de Michel Chabot

D’origine chilienne, Flores pratique le kung-fu depuis 20 ans et l’enseigne à l’école Wing Chun Nam Anh. Sa ceinture rouge quatrième dan impose le respect.

Or, les propos d’un certain Xu Xiaodong, un athlète qui pratique les arts martiaux mixtes, l’irritent. Ce dernier prétend que le kung-fu traditionnel n’est plus ce qu’il était et il a défié les maîtres de toutes les écoles traditionnelles.

Wei Lei, une sommité chinoise du taï-chi, a été le premier à relever le défi, mais il a subi une raclée en seulement une dizaine de secondes.

« Maître Wei Lei ne représente pas le kung-fu, soutient Flores. Et le kung-fu c’est un univers qui est vaste, énorme. Il y a beaucoup de pratiquants sérieux dans le monde. Donc, c’est parlé un peu trop vite. Et c’est la raison pour laquelle j’ai accepté le défi de M. Xu. Par la suite, rien n’est arrivé, il est disparu dans la nature. »

Xu a effectivement dû se trouver une cachette après ce duel inégal, de nombreux Chinois ayant été offensés par la façon dont il a tenté de ridiculiser l’une des pierres angulaires de la culture de leurs pays.

« Ç’a donné un aperçu de la réalité, de ce que j’appelle le kung-fu YouTube, dit l’homme de 41 ans, qui a décidé de défier un autre personnage.

Il y a un grand maître au Vietnam, Huyhn Tuan Kiet, qui fait des électrochocs aux étudiants, à distance, et c’est vraiment très farfelu. C’est vraiment loin de la réalité parce que ça ne nous représente pas du tout. Je n’enseigne pas aux étudiants à faire des chocs électriques.

Pierre-François Flores
Flores, dont le nom martial est Nam Ngu, croit que le Vietnamien invente des excuses pour éviter de l’affronter.

« La balle est dans son camp. Il a beaucoup de pression de la part des médias et on va voir comment il s’en sort parce qu’on ne peut pas cacher le soleil avec son doigt.»

« S’il est capable de montrer qu’il peut envoyer des chocs électriques, je vais devenir son disciple. Mais je vais mettre des gants en caoutchouc », lance-t-il en rigolant.

Zen, les arts martiaux?

Les adeptes des arts martiaux parlent souvent du côté zen et des bienfaits que leur sport leur apporte.

Alors, comment justifier ces provocations et ces affrontements? Flores illustre sa pensée avec une métaphore.

« Le Jardin botanique est visité par des milliers de personnes. C’est un beau jardin, bien entretenu. Mais il faut le protéger avec des murs, une porte, des gardiens de sécurité pour que cette beauté reste intacte et pour ne pas qu’il soit vandalisé. Ça prend aussi un jardinier pour arracher les champignons pour que les belles fleurs puissent pousser.

« C’est la même chose en kung-fu, nous prêchons les mêmes valeurs. Mais quand des personnes sortent de la réalité et prêchent la fausseté, c’est à nous d’intervenir pour garder ce jardin beau et propre. »

Combats au sommet

Pierre-François Flores admet avoir eu une adolescence mouvementée, s’être souvent battu dans la rue et que c’est l’école de kung-fu qui l’a remis dans le droit chemin.

Les combats qu’il livre depuis, contre d’autres maîtres, « des exercices techniques », peuvent encore être assez rudes

Les combats font partie du cheminement. Certains permettent de comprendre où tu es rendu. Tu ne peux pas penser que tu es le meilleur, il faut le confirmer sur le terrain. Et tu apprends de la victoire ou de la défaite.

Piere-François Flores
Flores avait été vaincu dans un rude combat, en 2009 à Hanoï. Et voilà que huit ans plus tard, il retrouvera le même adversaire, après beaucoup de tergiversations.

« Ils ont refusé à plusieurs reprises pour que j’aie mon rematch, pour des raisons nébuleuses. »

La revanche aura finalement lieu en juin, à nouveau dans la ville du nord du Vietnam. Et le Montréalais compte ensuite descendre vers le sud, jusqu’à Hô-Chi-Minh-Ville, pour aller défier l’électrique Huynh Tuan Kiet.

(source: http://ici.radio-canada.ca)

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